Visitez-nous / Jardin
Rosier
Rose - شجيرة الورد
Description

Poème
Le Rosier
Le rosier que j’ai mis au pied d’une colonne
De granit rouge et noir,
– Tant d’absurdes soucis houspillent et talonnent
Si vainement, hélas, l’homme, matin et soir,
Qu’il ne peut se douter de quel geste il jalonne
Sa route, ni prévoir
De quel acte, parfois, s’élève et s’échelonne,
Comme les frondaisons, son plus noble savoir ! –
Je l’avais oublié !… Qui songe à la bouture
Qu’il jette au coin d’un parc,
Lorsqu’il court l’univers, sans chercher la nature,
Égaré du réel, et bandé comme un arc ?…
Mais maintenant que l’âge a détendu mes cordes,
J’ai regagné mon nid,
Et trouve mon rosier si grand, miséricorde,
Qu’il a, tout doucement, renversé le granit !…
Et je comprends, enfin, la loi des grandes choses
Qu’un rien peut enseigner ;
Car il ne faut, pour sûr, qu’un petit plant de rose,
Qu’une goutte d’amour, où Dieu s’est témoigné,
Pour tenir à jamais, dans notre âme ravie,
La sainte Vérité :
À savoir qu’ici-bas, ce qui, seul, a la Vie,
Triomphe de la mort et de sa cruauté;
Qu’il suffit d’un bon grain pour produire un bel arbre
Qui démolisse un jour
La dure majesté des colonnes de marbres,
Et l’inutile orgueil du granit le plus lourd !…
Décembre 1939
Paru dans La Montagne Parfumée
Éditions de la Revue Phénicienne, 2004.